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Fragments de vie L'âme et sa lumière

Méditer dix jours dans le silence

Inde 2015 – Retraite méditative à Dharamsala

Par « le hasard » d’une rencontre, conjugué à mon envie de découvrir le Bouddhisme, me voilà dans une retraite à méditer dix jours dans le silence. Où nous serons initiés au Bouddhisme Tibétain, autant du point de vue théorique que pratique, par la méditation.

Me voilà donc à Tushita, « Pays joyeux » en sanscrit. Le lieu est magnifique, idéalement placé dans une forêt de sapin, en contrefort de Mcleod Gang. Un village où la communauté tibétaine en exil a été installée.

Les singes, qui « étaient là avant nous », se baladent dans les arbres, se chamaillent bruyamment, sautent dans une piscine aménagée pour leurs soins et parfois volent les petits-déjeuners des retraités inattentifs. Souvent dans notre champ visuel, ils seront un peu notre contemplation pendant ces dix jours. D’ailleurs, dans la tradition bouddhiste, le singe est le symbole d’un mental non maîtrisé. Sautant de pensée en pensée comme de branche en branche, et faisant beaucoup de bruit, empêchant la paix intérieure de s’installer.

« Tu changes ton esprit, et tu changes ton monde »

Le temple principal est flamboyant de sa couleur rouge. Et les murs sont recouverts d’ornements tibétains et de « vérités » visant à méditer sur l’essentiel. Comme « L’enfant pense qu’il vivra éternellement », « Tu changes ton esprit, et tu changes ton monde », ou encore « Nous n’avons pas besoin de réparer le monde ». C’est ici que nous méditons tous les jours.

Je dors dans un dortoir de onze, j’espérais ne pas tomber dans la même chambre que le suédois hippie à l’odeur forte. Pas de chance, il dort au-dessus de moi… C’est ça la vraie épreuve de la zenitude, la vie en dortoir.

En plus, j’ai hérité, avec deux compères, du « karma-yoga » spécial. C’est-à-dire des tâches ménagères pendant la retraite, et la mienne est de nettoyer les toilettes et les douches. On bénéficiera d’ailleurs d’un grand soutien moral par de grands gestes, des autres membres. Je profiterai de cette tâche pour sauver un scorpion perdu dans la douche. Bouddhiste jusqu’au bout de la douche.

Les premières méditations sont difficiles, la position me fait souffrir. Si ne n’est pas les hanches, c’est le bas du dos, ou encore les jambes qui tremblent… La condition physique est importante. J’essaye d’arranger mon sort en additionnant les cousins mais rien n’y fait. Il va falloir s’habituer, parfois la douleur est là, parfois non. Je me dis que la méditation, ce n’est vraiment pas pour moi, qui suis trop cérébrale. Je me décourage, mais l’avantage d’être dans une retraite de dix jours, ça ne laisse pas le choix de continuer. Et au final, le découragement se traverse.

Méditer dix jours dans le silence

Pendant la retraite, nous avons l’obligation de garder le silence, sauf pendant une heure par jour, les six premiers jours, où nous débattons sur la pensée bouddhiste en petits groupes. Le silence permet de faciliter la paix intérieure. Je bois mon masala chaï en contemplant la forêt, dans la tranquillité de l’instant. Le silence permet vraiment d’apprécier en profondeur les repas, de prendre le temps de mâcher et porter davantage attention au goût que nous ressentons. C’est comme de nouveau voir une richesses

Le silence est comme le sel, un exhausteur de goût.

Il y a de nombreuses abstinences sur cette retraite : la technologie, la clope, la parole et évidemment le sexe. Cette dernière est la plus dure à maîtriser, la pulsion sexuelle animale n’est jamais très loin des intentions les plus pures de l’ange. J’ai beau être chez Bouddha, je ressens au fond que je suis avant tout un homme, bercé entre ces deux pôles et tous ces leggings autour de moi me font tourner la tête. Oui, dans la spiritualité, il y a souvent beaucoup plus de femmes que d’hommes, du fait, que les femmes sont plus proches de leurs émotions. Torturé par ma testostérone, je me reconcentre sur mon inspiration et mon expiration, non sans un mal fou.

Dans les cours, on apprend le large spectre de l’enseignement de Bouddha. Ainsi le karma inclût aussi l’intention et la pensée, que les pensées négatives ont un impact dans cette loi de cause à effet. À l’opposé de la pensée occidentale, où l’on apprend que nos pensées n’ont aucun effet dans le monde, tant qu’elles ne sont pas en action et qu’elles restent dans nos têtes.

Des rituels pour célébrer la vie

Enfin, une cérémonie termine ces dix jours de pratique. Quatre-vingt-onze-personnes en file indienne, dans le silence, une bougie à la main, protégeant la flamme du vent et des gouttes de pluie. Enveloppé dans la nuit naissante, éclairé par les flashs de l’orage lointain, dans un silence rythmé par le grondement sourd du tonnerre. On ouvre nos cœurs, dans la solennité de l’instant, après dix jours d’introspection et de paix intérieure. Je dépose ma bougie et proclame intérieurement « May all beings be happy », que tous les êtres vivants puissent vivre heureux. Je fais des rondes autour de la Stupa. Ceci est la beauté de l’humanité, la communion des cœurs. Et ce rite simple permet de retrouver l’intention la plus pure qui niche au fond des âmes.

La technologie nous rend-elle libre ou esclave ?

Pendant ses dix jours, nous n’avons pas non plus de technologie, pas de smartphone, pas d’appareil photos, pas de montre. Tout est réglé par le « gong ». Une invitation au lâcher-prise, à se laisser porter par le flux.

À la sortie de la retraite, certains diront que l’expérience a changé leur vie. Et je me disais ironiquement qu’il ne leur fallait pas grand-chose. Mais une lame de fond m’avait touché dans mon être. La fin des dix jours était vécue comme une libération et à la fois comme une remise en question.

En retournant au cyber-café, devant l’ordinateur, pour lire mes messages, je me suis dit que finalement je n’avais vraiment pas besoin de toute cette technologie qui nous rapproche ou nous éloigne, on ne sait plus vraiment au final, mais qui nous détourne sûrement de l’essentiel : l’instant présent.

En conséquence, j’ai pris conscience que j’étais parfaitement heureux pendant ces dix jours. Finalement, sans tout ce monde matérialiste, technologique, d’informations à tout va, et de divertissements qui nous plongent dans l’émotionnel, la sérénité apparaît d’elle-même. Ce moment a été la clé pour ne pas racheter de smartphone. (Je me l’étais fait voler au début du voyage…). Enfin, au moins pendant quatre ans, ce qui m’a permis de développer d’avantage mon intuition et ma foi dans le flux de la vie, à une guidance supérieure.

Ainsi, moi qui suis très mental, cette expérience m’a aussi apporté beaucoup de paix intérieure. Mais cela ne m’a pas guérit émotionnellement. Il m’a fallu encore quelques années pour découvrir mes ombres et comment me laisser traverser par les émotions bloquées.

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